extrait de Hell (livre de Lolita Pille)
Je ne me suis pas encore présentée. Mes parents m'ont appelée Ella, et j'ai toujours haï ce prénom de petite fille sage et adulée que je ne suis pas. Pour mes amis, j'étais Elle, mais ça ne me plaisait pas non plus, m'appeler comme la fille qui passe dans la rue, ou un magazine féminin ou un super top-model, ou celle qui a fait la bêtise. Alors je me suis rebaptisée pour moi seule, et pour ceux qui comprendront. Je m'appelle Hell : je suis prédestinée. J'ai toujours aimé la souffrance. Je me complaisais à exacerber mes déceptions, mes réflexions amères ; la communication boiteuse avec mes parents, l'incompréhension des autres enfants dans l'ensemble cruels et limités et avec qui je ne pouvais donc prétendre à aucune connivence, mise à l'écart qui se prolongea jusqu'à la fin de l'adolescence quand j'ai compris qu'il valait mieux paraître en savoir moins que les autres et, à tout prendre, avoir l'air bête... c'est à peu près à ce moment là que je commençai à pressentir que la vie était absurde, ce qui me fut confirmé par de nombreuses lectures, que je touchai du doigt le mal-être, que la question "à quoi bon ?" revint de plus en plus souvent et me parut intolérable, les diverses corruptions de l'être humain en qui je voulais croire, le trou noir de l'avenir qui amènerait inéluctablement la mort, et le véritable trou noir, et d'autres réflexions du même ordre contre lesquelles je ne cherchais même pas à me débattre. [...] Par un paradoxe étrange, la contemplation de mes émotions m'avait mise à l'abri des souffrances que j'appellerai tangibles, parce qu'elles ont une origine définie, j'étais une machine à ressentir, pleurant quand je voulais pleurer, riant quand je voulais rire [...] J'avais 17 ans à ce moment-là, quand j'ai compris que la souffrance n'était pas qu'un moyen d'échapper à la platitude, d'accèder au sublime. [...] J'ignore tout de ce désespoir hurlant contre lequel je ne peux rien...
Prénom : élodie
Surnom : Hell
Age : 19 ans
Je ne me suis pas encore présentée. Mes parents m'ont appelée Ella, et j'ai toujours haï ce prénom de petite fille sage et adulée que je ne suis pas. Pour mes amis, j'étais Elle, mais ça ne me plaisait pas non plus, m'appeler comme la fille qui passe dans la rue, ou un magazine féminin ou un super top-model, ou celle qui a fait la bêtise. Alors je me suis rebaptisée pour moi seule, et pour ceux qui comprendront. Je m'appelle Hell : je suis prédestinée. J'ai toujours aimé la souffrance. Je me complaisais à exacerber mes déceptions, mes réflexions amères ; la communication boiteuse avec mes parents, l'incompréhension des autres enfants dans l'ensemble cruels et limités et avec qui je ne pouvais donc prétendre à aucune connivence, mise à l'écart qui se prolongea jusqu'à la fin de l'adolescence quand j'ai compris qu'il valait mieux paraître en savoir moins que les autres et, à tout prendre, avoir l'air bête... c'est à peu près à ce moment là que je commençai à pressentir que la vie était absurde, ce qui me fut confirmé par de nombreuses lectures, que je touchai du doigt le mal-être, que la question "à quoi bon ?" revint de plus en plus souvent et me parut intolérable, les diverses corruptions de l'être humain en qui je voulais croire, le trou noir de l'avenir qui amènerait inéluctablement la mort, et le véritable trou noir, et d'autres réflexions du même ordre contre lesquelles je ne cherchais même pas à me débattre. [...] Par un paradoxe étrange, la contemplation de mes émotions m'avait mise à l'abri des souffrances que j'appellerai tangibles, parce qu'elles ont une origine définie, j'étais une machine à ressentir, pleurant quand je voulais pleurer, riant quand je voulais rire [...] J'avais 17 ans à ce moment-là, quand j'ai compris que la souffrance n'était pas qu'un moyen d'échapper à la platitude, d'accèder au sublime. [...] J'ignore tout de ce désespoir hurlant contre lequel je ne peux rien...
Prénom : élodie
Surnom : Hell
Age : 19 ans
